Reproduction d'un chapitre de « Voyage botanique en Corse » par M. R. de Litardière publié dans le bulletin de l'académie internationale de géographie botanique

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(8 et 9 Août 1908) L'ascension des Capi Bardato (25868) et Bianco (2554m), avec la descente par les lacs de la Haute Vallée de la Rodda, est une des courses les plus intéressantes des environs de Calacuccia, et je la recommande particulièrement aux touristes et surtout aux botanistes qui séjourneront dans le Niolo. C'est une excursion longue, mais nullement difficile. Le départ doit avoir lieu de bonne heure dans la soirée, car les bergeries de Pulella, « l'hôtel du Bardato », sont assez éloignées. On suit, jusqu'au delà de Lozzi, le sentier des bergeries de Cesta, puis on oblique bientôt sur la droite pour franchir l'Erco sur le vieux pont d'Ascia (1220m). Près de là dans les rochers humides et dans les pelouses croissent : Epilobium angustifolium L. et Cerinthe tenuiflora Bert. On remonte ,ensuite le petit torrent de Pulella, descendu du Capo Bardato. Il faisait presque nuit lorsque nous arrivâmes aux bergeries (1620m), cependant je pus encore récolter sur le bord du torrent ou dans les grands rochers humides situés à gauche: Athyrium Filix Femina (L.) Roth. var. fissidens Döll, Sedum Monregalense Balb. et Hypericum Corsicum Steud, puis près de l'entrée de la bergerie (je ne peux pas dire à la porte, puisqu'il n'yen a pas) Nepeta agrestis Lois. et deux touffes de Lamium Corsicum G. G. localité nouvelle pour cette plante rare. Comme d'habitude nous nous mettons en route le lendemain matin dès l'aube. On remonte des pentes couvertes de Juniperus et de Berberis entrecoupées à chaque pas de petits suintements. Dans des rochers humides vers 1750m abondent : Narthecium ossifragum Huds. Prol. N. Reverchoni (Celak), Saxifraga stellaris L. var. obovata Engl. et Peucedanum Ostruthium Koch. Voici bientôt la région des éboulis, formés d'abord de gros blocs avec quelques graviers ; on y rencontre les plantes habituelles : Stachys Corsica Pers. Robertia taraxacoides DC. etc., avec des touffes d'Helleborus trifolius Mill. var. serratifolius (DC.) Gürke, qui remonte jusqu'à 2300m. Des petits blocs serrés font suite aux gros blocs, c'est là que j'ai le plaisir de ramasser le Galium cometerrhyzon Lap., plante des Pyrénées centrales, découverte en 1902 par l'abbé Soulié dans les éboulis du Monte Cinto. La plante est très abondante et se mêle un peu plus haut aux délicieuses fleurs violettes du Satureia Corsica (Benth). Briq., non. encore signalé dans le Niolo. Nous parvenons à un petit col (2400m) situé entre la crête cotée 2506m et le Capo Bardato. De ce point la vue embrasse toute la haute vallée de la Rodda et l'on a à ses pieds deux petits cirques, l'un occupé par les lacs de Lancone, l'autre par le Lago Maggiore, curieux petit lac glaciaire ayant la forme d'un 8, situé au milieu des éboulis à 2250m d'altitude. Dans les graviers du col, une petite halte me permet de récolter : Thlaspi brevistylum Jord. Sedum repens Schl. Erigeron uniflorus L. Hieracium Kralikii Rouy. Nous gravissons ensuite les dernières pentes du Capo Bardato constituées par des graviers, avec çà et là de gros rochers. La récolte devient fructueuse : Asplenium trichomanes L. Agrostis rupestris AlI. Oxyria digyna (L). Hill Cerastium arvense L. var. Villarsii Verl. S.-var. viscidulum (Grml.) R. et F. Arabis alpina L. var. declinata (Tausch.) R. et F. Thlaspi brevistylum Jord. Draba Loiseleurii Boiss. (A. C.) Saxifraga Pedemontana All. var. cervicornis (Viv.) Engl. S.-var. pulvinaris Briq. Potentilla crassinervia Viv. α genuina R. et Cam. Euphrasia Salisburgensis Funk. Galium cometerrhyzon Lap. Phyteuma serratum Viv. Erigeron uniflorus L (abondant). Le panorama que l'on découvre du sommet (2586m). ainsi que du Capo Bianco, passe pour un des plus étendus de la Corse, supérieur même à celui du M,onte Cinto, mais je n'ai pas l'heureuse chance de pouvoir l'admirer dans son entier car l'horizon est déjà obscurci par les nuages. Toutefois la vue que j'ai à mes pieds est saisissante. à une profondeur formidable, la haute vallée d'Asco m'apparaît encadrée par les sommets violacés, piquetés de neige du Capo Stranciacone, de la Muffrela, du Monte Corona, du Monte di Padro; tableau vraiment impressionnant, qui à lui seul mérite bien d'attirer les touristes ! Nous suivons ensuite la crête qui relie le Capo Bardato au Capo Bianco; c'est le seul passage un peu scabreux de l'ascension, il faut franchir des arêtes très étroites et bien s'assurer de la stabilité des blocs sur lesquels on s'appuie. Indépendamment de plusieurs des espèces que je venais de rencontrer je recueille : Aspidium Lonchitis Sw. Poa laxa Hænke. Festuca Halleri AlI. Armeria leucocelphala Koch Valeriana montana L. Adenostyles viridis Cass. Helichrysum frigidum Willd. Le capo Bianco, comme du reste le Capo Bardato, est formé de schistes injectés (porphyroïdes), dont les grandes dalles blanchâtres couvrent le sol, c'est d'ailleurs à cette coloration qu'il doit son nom. J'ai trouvé en outre sur la crête un filon de chloritoschite très typique, ce qui ne laisse aucun doute sur la constitution de ces deux montagnes, comprises à tort sur la carte géologique dans la zone porphyrique du Monte Cinto. En redescendant sur le versant S.-E., par une suite d'éboulis, nous atteignons bientôt les lacs de Lancone, groupés au fond d'un petit cirque au milieu de pelouses tourbeuses; ils sont séparés du Lago Maggiore par une croupe rocheuse d'environ 200m de hauteur. Ces différents lacs donnent naissance au torrent de la Rodda. Les lacs de Lancone sont au nombre de trois : Lancone Saprano (2160m), Mezzano (2150m} et Sottano (2145m), plus une petite flaque entre le deuxième et le troisième lac ; le Lago Soprano est le plus grand. La végétation des pelouses tourbeuses consiste surtout en : Agrostis rupestris AlI. Nardus stricta L. Scirpus cæspitosus L. Carex rigida Good. Subspec. C. intricata (Tin. et Pari). Christ Sagina pilifera DC. Plantago insularis Nym. Gnaphalium supinum L. var. subacaule Wahl. Nous déjeunons au bord du Lago Soprano auprès d'un petit suintement, où je récolte : Ranunculus Marschlinsii Steud., Saxifraga stellaris L. var. obovata Engl., Epilobium anagallidifolium Lam. , et dans les rochers sur la rive gauche du lac: Aspidium Tilix-mas (L.) Sw. var. glandulosum Milde et Hieracium brunellœforme Arv.-Touv. Les pelouses du Lago Mezzano sont émaillées des minuscules corolles dorées de la Potentilla Tormentilla Neck. var. Herminii Filc., que j'avais déjà trouvée au lac de Nino. Il est assez singulier qu'elle fasse complètement défaut dans les pelouses des autres lacs de Lancone. J'y récolte aussi Euphrasia Salisburgensis Funk. Du Lago Soprano nous montons une petite croupe jusqu'à la Bocca di Piana. Dans les fentes des rochers je recueille : Aspidium Lonchitis Sw. Poa Cenisia AlI. Epilobium montanum L. Subspec. E. collinum (Gmel.) R. et Cam. Galium rubrum L. var. genuinum Briq. (G. Corsicum Spreng.) Hieracium brunellæforme Arv.-Touv. La Bocca di Piana est un col, non loin du Capo Teri Corscia (2303m), qui fait communiquer la haute vallée de la Rodda avec celle de l'Erco. Nous redescendons maintenant le long d'un petit torrent dans la direction de la vallée. Vers I820m dans des rochers, je récolte Melandryum Requienii Rohrb. et un peu plus bas, près d'une source (1700m), de belles touffes d'Hypericum Corsicum Steud. qui tapissent des rochers humides. Par des champs de seigle et des pentes arides, nous gagnons le pont d'Ascia et de là Calacuccia. |
Liens vers les scans originaux : page 76 ; page 77 ; page 78 ; page 79 ; page 80, sur le site de la librairie digitale du jardin botanique de Madrid
