Reproduction d'un chapitre de « Voyage botanique en Corse » par M. R. de Litardière publié dans le bulletin de l'académie internationale de géographie botanique

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(19 et 20 juillet 1908) Le 19 juillet au matin, nous quittions Nice, mon père et moi, sur le paquebot le Golo à destination de Calvi. Derrière nous, la gracieuse ville, mollement étalée au bord de sa baie, ne tarda pas à s'effacer et ne fut bientôt qu'une petite tache blanche perdue au milieu d'une longue dentelure de caps et de golfes, qui devint à son tour un trait confus, estompé dans la brume. Le vent s'était levé, un peu de houle ridait la surface de la mer... Mais bientôt, devant nous, une ligne, d'abord indécise, puis graduellement plus nette, nous annonce que nous approchons, du terme de notre traversée. Voici enfin, se profilant sur les flots bleus, le hardi rocher de Calvi, avec sa citadelle flanquée d'énormes murailles, puis les falaises dorées de la Pointe Revellata, la plaine de la Ficarella et, dans le fond du tableau, le massif imposant du Monte Grosso et le sommet aigu du Capo al Dente. A quatre heures et demie, nous débarquions à la Marina. Une courte installation et nous commencions déjà nos recherches. Dans les lieux arides et dans les rochers bordant la mer, nous trouvons : Asplenium lanceolatum Huds. var. obovaium (Viv.) Moore Asplenium marinum L. Erodium Corsicum Lehm. Euphorbia Pithyusa L. α genuina G. G. Frankenia hirsuta L. var. lævis (L.) Boiss. Daucus Mauritanicus L. Prol. (1) D. Lopadusanus (Tin.) Rouy Statice articulata Lois. Prol. S. contortiramea (Mab.) Rouy Linaria æquitriloba (Viv.) Dub. Carduus cephalanthus Viv. Avant de gagner le Niolo, par Galeria, Porto et Evisa, nous avions l'intention de nous rendre à Calenzana, pour faire l'ascension du Monte Grosso; mais nous résolûmes de rechercher tout d'abord, dans les rochers de la presqu'île Revellata, le rarissime Armeria Soleirolii (Dub.) G. G. De Calvi, pour se rendre à la presqu'île Revellata, située à peu de distance à l'ouest, on suit d'abord, pendant 3 kilomètres, la route de Galeria jusqu'à la première maison de cantonniers. Nous récoltons, dans les fossés dont l'humidité entretient encore quelque végétation : Scirpus Savii Seb. et Maur. Silene læta (Ait.) A. Br. β Loiseleurii (G. G.) R. et F. Sagina procumbens L. Radiola linoides Roth. Samolus Valerandi L. Laurentia Michelii DC. Après avoir quitté la route, on se dirige tout droit vers le petit port de l'Alga, près duquel se trouve un ancien pavillon de pêche du Prince Pierre Bonaparte. Le sentier court à travers des maquis, le Rosmarinus officinalis L. y est particulièrement abondant et s'entremêle aux arbustes habituels : Pistacia Lentiscus L. Cistus Monspeliensis L. Arbutus Unedo L. Helichrysum angustifolium DC. auxquels s'ajoutent, surtout vers la plage, trois xérophiles plus localisées : Passerina hirsuta L. PasserinaTarton-raira DC. Daphne Gnidium L. Nous suivons la côte E. de la presqu'île, dont les grandes falaises sont découpées en maintes petites criques. Sur les rochers, avec le Statice articulata Lois. Prol. S. contortiramea (Mab.) Rouy, s'étalent à profusion les grandes corolles roses de l'Erodium Corsicum Lehm., ainsi que Dianthus virgineus L. et BeIlium bellidioides L. Sur une petite plage, nous rencontrons quelques touffes de Vitex Agnus-castus L. C'est tout d'abord en vain que nous cherchons le fameux Armeria, mais notre attente ne devait pas être de longue durée, car, sur les rochers de la petite pointe d'Acellaccia, où il a élu domicile, les belles touffes ne manquaient pas ! Malheureusement, les fleurs en étaient entièrement desséchées et c'est à grand' peine si nous parvenons, en explorant bien des rochers ainsi que la plage voisine, à en récolter quelques échantillons encore en fleurs. Grenier et Godron lui donnent comme époque de floraison juillet, mais c'est bien plutôt juin qu'il faudrait dire. Il est probable que cette plante n'existe que dans la presqu'île Revellata, nous l'avons vainement cherchée dans les rochers plus rapprochés de Calvi, et l'indication de Soleirol « environs de Calvi » se rapporte sans doute à cette localité, en somme peu éloignée de cette ville ; quant à celle de « fort de Rivesalte » donnée par Grenier et Godron, elle est certainement, ainsi que le pensait de Marsilly; le résultat d'une erreur ; on a dû lire Rivesalte au lieu de Revellata ou Rivellata, comme on prononce généralement. Quant au mot « fort », il est très possible qu'il existait par là des traces d'un fort Génois, comme il s'en rencontre fréquemment sur toute la côte. Dans l'après-midi, nous nous rendons en voiture à Calenzana. A peine sorti de Calvi, on entre dans la plaine marécageuse qui borde le golfe, occupée surtout par des cultures maraîchères. La route, après l'embranchement conduisant à la Forêt de Bonifato, traverse la Ficarella au pont de Bambino. Dans les sables et les graviers du lit de la rivière, croît en abondance le Gomphocarpus fruticosus (L) R. Br., joli petit arbuste, le « cutone » des habitants, probablement introduit et maintenant répandu dans tout le Nebbio et la Balagne jusqu'à Galeria et même Porto. Nous trouvons aussi : Salix incana Schr. Hypericum hircinum L. Mentha insularis Req. et dans l'eau : Ranunculus trichophyllus Chaix Prol. R. Drouetii (Schultz) Rouy Callitriche stagnalis Scop. Ludwigia apetala Walt. Après le pont, la route parcourt en ligne droite, au milieu de cistes brûlés, une plaine nue qui s'élève insensiblement jusqu'aux collines plus fertiles où s'étagent les villages de Monte-maggiore, Zilia, Calenzana, Moncale. On retrouve bientôt des cultures et tout un riche verger d'arbres fruitiers : oliviers, figuiers, amandiers, pêchers, cormiers, etc. C'est dans cette verdure qu'est situé Calenzana (275m), chef-lieu de canton important, un des plus riches de la Corse, où cependant on trouve à peine un gîte, les touristes y sont si rares ! (1) Suivant en cela, l'exemple de M. Rouy (Flore de France, Tome X pages 3 et 3, février 1908), j'ai substitué au mot « forme » employé jusqu'alors par lui et quelques autres botanistes pour désigner « une subdivision de l'espèce placée tout de suite après la sous-espèce et avant la variété », le mot « race » (proIes et par abréviation prol.), rejetant la « forme » entre la sous-variété et l'individu. |
Liens vers les scans originaux : page 39 ; page 40 ; page 41 ; page 42, sur le site de la librairie digitale du jardin botanique de Madrid
