Reproduction d'un chapitre de « Voyage botanique en Corse » par M. R. de Litardière publié dans le bulletin de l'académie internationale de géographie botanique



De Galeria à Evisa
(24 et 25 juillet 1908)


De Galeria nous voulions gagner Evisa, mais trouvant la distance un peu longue (78 kil.) pour une seule journée, nous décidâmes de faire halte à Partinello.
A partir du pont du Fango, la route d'Ajaccio, qu'il nous faut suivre, longe d'abord la rive gauche de la rivière, puis, franchissant la Ruja di Parma, elle s'élève en lacets sur la rive droite de cette dernière, à travers de grands maquis. Nous y notons avec les arbustes habituels l'Olea Europæa L. Prol. O. silvestris Mill. et près d'une petite fontaine : Spiranthes æstivalis Rich., Samolus Valerandi L. et Laurentia Michelii DC. ; plus loin, sur le bord de la route, Ptychotis ammoides Koch et Crepis bellidifolia Lois. Prol. C. decumbens (G. G.).
Après avoir franchi le col de Parmarella (390m), on descend rapidement dans la vallée de la Tuara en vue du merveilleux petit golfe de Girolata, véritable bijou qui ne peut avoir de rival que le golfe de Porto et dont on peut détailler toutes les criques depuis la pointe Scandola jusqu'aux hautes falaises pourpres du Capo Senino. Dans le fond se trouve le petit hameau de Girolata, dominé par une antique tour génoise.
Sur le bord de la route, dans le lit d'un petit torrent, au-dessus de la fontaine de Ceravallo, nous rencontrons de superbes touffes de *Delphinium Requienii DC., qui n'avait encore été trouvé qu'aux lIes d'Hyères, et aussi Apium nodiflorum Rchb. f. var. repentiforme (R. et Cam.).
On atteint bientôt le Col de la Croix.(272m), ouvert dans le promontoire porphyrique du Capo Senino et c'est maintenant sur tout le golfe de Porto que la vue s'étend, sur le hardi Capo Senino et sur cette côte si bizarrement déchiquetée des Calanches de Piana qui va mourir dans les flots par la petite pointe du Capo Rosso.
La route s'éloigne de la mer pour passer au milieu des cultures assez variées (vignes, oliviers, cédratiers) du hameau de Curzu, près duquel nous notons Asparagus albus L. et Dipsacus ferox L., et parvient enfin au petit village de Partinello, pittoresquement étagé, à peu de distance de la mer, sur des pentes cultivées.
Nous consacrons notre soirée à faire une herborisation vers la plage. Dans les moissons nous trouvons :
               Melica ciliata L. α Linnæi Hack. s.-var. Magnolii (G. G.) Hack.
               Rhaphanus silvester Lam. S-var. alba F. Gér.
               Bunias Erucago L. α macroptera (Rchb.) R. et F.
               Medicago rigidula Desr. var. Morisiana (Jord.) Rouy
               Verbascum sinuatum L.
               Carthamus lanatus L.
               Chondrilla juncea L.

puis dans les rochers et les sables maritimes :
               Chenopodium murale L.
               Corrigiola telephiifolia Pourr.
               Statice dictyoclada Boiss.

et de beaux échantillons de Posidonia Oceanica DeI. rejetés par la mer et dont quelques-uns ont les souches couvertes de nombreux bryozoaires et de corail rouge.

Le lendemain nous partons pour Evisa. La route, tantôt au milieu des maquis, tantôt resserrée dans des défilés aux parois vertigineuses, suit pendant longtemps les sinuosités du golfe de Porto, cette merveille qui a quelque chose des lacs italiens, et du golfe de Bougie, mais qui surpasse tout ce qu'on peut imaginer, par sa sauvagerie et sa gamme de couleurs absolument indescriptible !
Après avoir dépassé les rochers de Pagliajo, où nous récoltons :
               Cheilanthes fragrans (L.) Webb. et Berth.
               Andropogon hirlum L.
               Seseli Bocconi Guss.
               Rosmarinus officinalis L.
,
la route décrit un long lacet autour du Capo Paolo et franchit le ruisseau de Bussagna, encombré de Gomphocarpus fruticosus (L.) R. Br. A la montée de la Bocca Lenzana (146m), nous trouvons dans les fossés humides Cyperus Longus L. β badius (Desf.) Loret et Barr. et Carex microcarpa Salzm., puis un peu plus haut le Polygonum scoparium Req. que nous n'avions point revu depuis Galeria et qui existe jusqu'à Sagone, d'après notre conducteur.
On descend ensuite par un défilé superbe, en vue de la tour et de la Marine de Porto. Le Seseli Bocconi Guss. abonde dans les rochers avec ça et là quelques pieds d'Erodium Corsicum Lehm. et d'Euphorbia dendroides L..
De Porto nous gagnons Ota, où, près de l'entrée du village, nous recueillons dans un fossé Epilobium parviflorum (Schreb.) Vith. Ota, centre industriel dont les huiles, le vin et les cédrats sont renommés, est un bourg aux maisons hautes, fièrement campées, au milieu d'Opuntia vulgaris Mill., au pied des grands rochers du Capo d'Ota (1220m).
Après déjeuner nous faisons à pied l'excursion de la Spelunca, tandis que notre voiture va nous attendre sur la route d'Evisa, non loin du petit col de Capicciolo.
Aussitôt après le village, sur un mur, nous rencontrons de belles touffes de Notholæna Marantæ R. Br., Cheilanthes fragrans (L.) Webb. et Berth. et Ceterach officinarum Willd.
Arrivés au Pont génois, nous laissons à notre droite la route carrossable et prenons le chemin muletier de la Spelunca qui parcourt une gorge aux parois vertigineuses et aboutit à un cirque fermé de toutes parts par une enceinte de granit noirâtre. Le site est sauvage et grandiose, malheureusement il y fait une chaleur accablante et nous n'avons pas la chance d'y récolter le rare Hieracium Virga-aurea Coss. ni le Bulliardia Vaillantii DC., découverts par les Membres de la Société botanique de France, en 1901 ; il est vrai que la saison en était peut-être passée. Nous n'en rapportons que :
               Athyrium Filix-femina (L.) Roth. var. dentatum Doell
               Buxus sempervirens L.
               Potentilla hirta L. var. pedata Koch
               Hypochæris pinnatifida Cyr. (type).

Revenant au Pont génois, nous rejoignons notre voiture par un sentier des plus raides et sous un soleil de plomb.
Pendant le trajet jusqu'à Evisa nous pouvons recueillir :
               Silene Armeria L.
               Ranunculus lanuginosus L. .
               Pastinaca divaricata Lois.
               Teucrium Scorodonia L.
               Pulicaria odora Rchb.


Liens vers les scans originaux : page 49 ; page 50 ; page 51 ; page 52, sur le site de la librairie digitale du jardin botanique de Madrid