Reproduction d'un chapitre de « Voyage botanique en Corse » par M. R. de Litardière publié dans le bulletin de l'académie internationale de géographie botanique

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(28 Juillet 1908) Le lac de Nino, d'où sort le Tavignano, est situé sur le versant S.-O. de la Punta Artica ; il ne fait pas partie géographiquement du Niolo, malgré que sa rive nord appartienne à la commune de Casamaccioli. On peut s'y rendre d'Evisa, mais la course est plus facile de Calacuccia, surtout si on peut se faire conduire en voiture jusqu'à l'entrée du sentier muletier près de la fontaine de Chiaraggio, dans la forêt de Valdoniello. De là on s'élève jusqu'au col de Saint-Pierre (I446m). Cette partie de la forêt est très sèche, nous y rencontrons seulement Hieracium brunellœforme Arv.-Touv. Du col la vue est fort belle sur le Capo Tafonato et sur la pyramide de la Paglia Orba. Le faîte est occupé par des pelouses formées de : Sagina pilifera DC., Plantago insularis Nym., Hieracium Kralikii Rouy. Çà et là se dressent quelques hêtres dont la cime a été complètement courbée par le vent ; plus loin, ils deviennent assez abondants et constituent un petit bois, auquel fait suite un immense champ d'aulnes qui occupe toute la partie supérieure d'une crête qu'il faut franchir. C'est la limite du bassin du Golo et de celui du Liamone, qui prend sa source non loin de là. On suit pendant plus d'une demi-heure le revers de la crête, formé de grands éboulis. Près de là je récolte dans les rochers : Potentilla crassinervia Viv. var. viscosa R. et Cam. Hieracium Berardianum Arv.-Touv. Après le col de Stazzona (ndlr : il s'agirait plutôt du col de Reta), où nous recueillons Armeria multiceps Wall., on descend au milieu des aulnes en vue du lac. Le lac de Nino (1743m), le plus grand lac de la Corse, s'étale au milieu de pelouses gazonnées qui à l'extrémité E. deviennent de véritables « Pozzi », dont les puits et les canaux, où circulent des myriades de truites, sont l'origine du Tavignano. De nombreux troupeaux de moutons noirs paissent dans ces pelouses, mais malgré leurs ravages, le botaniste peut encore y faire de bonnes récoltes. Dans le lac croissent en abondance Potamogeton natans L. Prol. P. Corsicus Maire et Menyanthes trifoliata L., découverts en 1902 par M. Maire; on y trouve également ainsi que dans les « Pozzi » : Juncus supinus Mœnch. Callitriche vernalis Küntz (forma tenuissima) Littorella lacustris L. (submergé). Le fond de la végétation des pelouses tourbeuses est formé de : Carex rigida Good. Subspec. C. intricata (Tin. et ParI.) Christ Nardus stricta L. Sagina pilifera DC. Plantago insularis Nym. auxquels s'ajoutent : Heleocharis acicularis R. Br., Potentilla Tormentilla Neck. var Herminii Filc., Hieracium Kralikii Rouy.. La Potentilla précitée, des montagnes du Portugal (Sierra d'Estrella, etc.), n'avait encore été signalée qu'au lac de Melo (Massif du Rotondo). Dans les parties rocailleuses de la rive N. nous avons recueilli : Aspidium spinulosum Sw. Subspec. A. dilatatum Sw. Hyacinthus Pouzolzii Gay Cardamine resedifolia L. var. platyphylla R. et. F. Sedum repens Sch. (S. alpestre ViII.) Viola biflora L. Ligusticum Corsicum Gay Stachys Corsica Pers. et, au milieu des nombreux fourrés d'aulnes qui couvrent toutes les pentes, le Sorbus aucuparia L. var. glabra (Gilib.) Burn., dont les branches servent aux bergers, toujours plus ou moins chasseurs, à construire des huttes qu'ils établissent sur les bords du lac et dans lesquelles ils se dissimulent à l'affût des oiseaux aquatiques qu'attire en grand nombre le miroitement des eaux. |
Liens vers les scans originaux : page 56 ; page 57 ; page 58, sur le site de la librairie digitale du jardin botanique de Madrid
